Mercer | Les taux négatifs – Oui, et alors?

7 STRATÉGIES DE SURVIE

DES TAUX NÉGATIFS – OUI, ET ALORS?

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06.07.2016
Auteur: Philippe Lüthy

La persistance des taux négatifs tracassent tous les investisseurs; mais surtout les caisses de pension. Ce qui pose particulièrement problème, c’est le taux d’intérêt minimum fixé par la LPP et le rendement théorique qui oscille entre 2% et 3%. Comment pouvez-vous réagir en tant que caisse de pension? Avec quels outils pouvez-vous assurer une harmonie optimale entre risques et rendements?  

Comment pouvez-vous atteindre ou dépasser le rendement théorique au cours des trois à cinq prochaines années? L’espoir de meilleurs jours et l’investissement aveugle dans des obligations en CHF car «l’essentiel, c’est que le Total Expense Ratio (TER) et la volatilité soient faibles» mettent la sécurité de la prévoyance en danger. Nos sept stratégies de survie vous montrent comment gérer le contexte actuel du marché avec décontraction. Il vous faudra toutefois remonter vos manches et vous poser des questions complexes.

STRATÉGIE DE SURVIE N° 1:

RÉDUCTION DE LA SENSIBILITÉ AUX TAUX D’INTÉRÊT PAR LA RESTRUCTURATION DES SEGMENTS OBLIGATAIRES

Parmi les segments obligataires, vous pouvez diminuer le rendement escompté et surtout la sensibilité aux taux d’intérêt au moyen de remaniements et en recourant à des titres moins sensibles aux taux et/ou assortis d’une période de rentabilité inférieure à deux ans (la période de rentabilité décrit ici le temps qu’il faut pour qu’une perte liée à une hausse de taux soit compensée au sein du portefeuille). Vous pouvez en outre diminuer la pondération d’un placement, qui engendre par définition des taux négatifs après déduction des coûts. Une chose est sûre: l’époque des «free lunches» est bel et bien terminée. La sensibilité aux taux d’intérêt ne peut être réduite sans exposition à un autre risque; ce qui compte donc vraiment, c’est le niveau de risque encouru par unité de revenus. Dans un contexte de taux d’intérêt négatifs, la concentration sur une diminution de la volatilité se solde inévitablement par un atterrissage brutal.

STRATEGIE DE SURVIE N° 2:

RÉDUCTION DES PLACEMENTS SENSIBLES AUX TAUX D’INTÉRÊT AU PROFIT DES ACTIONS

Afin d’éviter l’asymétrie entre risque et rendement obligataire – ou tout du moins afin de la faire baisser à un niveau raisonnable – vous pouvez réduire la part des obligations au sein du portefeuille global, au profit des actions. Les actions présentent certes une volatilité supérieure, mais leurs risques sont proportionnels à leurs rendements: le risque de perte existant est compensé par des opportunités de rendement. A condition de sélectionner judicieusement chaque sous-segment d’actions, vous pouvez maintenir la volatilité de la stratégie globale à un niveau constant en dépit d’une exposition accrue aux actions.

STRATEGIE DE SURVIE N° 3:

RÉDUCTION DES PLACEMENTS SENSIBLES AUX TAUX D’INTÉRÊT AU PROFIT DES PLACEMENTS SUR LE MARCHÉ PRIVÉ

Lorsque vous diminuez la part des obligations de votre portefeuille au profit des placements sur le marché privé, vous bénéficiez non seulement d’une baisse de la sensibilité aux taux d’intérêt, mais aussi de rendements accrus. Les placements sur le marché privé incluent une prime de manque de liquidité non négligeable pendant les périodes de rendements escomptés faibles. C’est particulièrement vrai pour les caisses de pension, qui sont des investisseurs à long terme.

STRATEGIE DE SURVIE N° 4:

RÉDUCTION DES PLACEMENTS SENSIBLES AUX TAUX D’INTÉRÊT AU PROFIT DES HEDGE FUNDS

Par le passé, les obligations avaient pour avantage, outre leur rendement raisonnable, de contribuer à stabiliser le placement global. Elles conservent ce rôle de stabilisateurs, mais leurs performances après déduction des coûts ne sont plus à la hauteur. Les obligations ne permettent plus d’atteindre, ne serait-ce qu’approximativement, le rendement théorique. L’exposition aux actions ne peut être augmentée à tout-va, même s’il s’agit à long terme du moyen le plus simple et le plus économique de réaliser un rendement supérieur. On peut dès lors se demander quelle opportunité de placement alternative permettrait de dégager un rendement plus ou moins constant, à la manière des obligations. Lorsque le bêta (le marché) ne suffit plus, le déficit doit être complété par l’alpha (le rendement). Quand le bêta est proche de zéro, l’alpha doit être considéré comme la seule source. Seul un segment de placement génère des rendements plus ou moins stables après déduction des coûts, quelle que soit l’évolution du marché: les hedge funds. Le terme ne fait pas référence aux structures de fonds de fonds des années 2000 qui étaient trop chères, trop diversifiées, pas assez liquides et manquaient de transparence; il désigne des stratégies liquides aux structures de coûts raisonnables et avec possibilité de résiliation sous un mois ou un trimestre. En Suisse, cette catégorie de placement est injustement critiquée par nombre d’investisseurs, notamment parce que beaucoup d’erreurs ont été faites dans la sélection des fonds. Une stratégie de hedge funds adaptée à vos objectifs de placement propres vous permet de stabiliser vos revenus et d'augmenter grandement vos chances de dépasser le rendement théorique. Aussi est-il possible de réduire la part des obligations au profit de stratégies à base de hedge funds. La sélection du produit de hedge funds approprié est décisive et nécessite expérience et accès à des ressources. Dans ce segment, les économies mal placées peuvent avoir des conséquences fatales.

STRATÉGIE DE SURVIE N° 5:

LA RÉDUCTION DE L’OBJECTIF / DES OBSTACLES «À COURT TERME»

Pour faciliter la tâche des investisseurs, une indexation sur le rendement théorique peut aussi être choisie (le rendement théorique est ici un terme collectif qui désigne tous les facteurs de coûts du côté du passif). Lorsque le rendement théorique diminue et que l’objectif de rendement est revu à la baisse, vous pouvez aussi appliquer une stratégie sensible aux taux d’intérêt assortie de faibles rendements escomptés. A plus long terme, une telle approche vide toutefois le 2e pilier de son sens. Et quelle que soit la manière dont on la présente sur le plan comptable, le résultat est le même en fin de compte:plus le rendement à long terme est élevé, plus il sera converti en rente lors du départ à la retraite, et vice versa. A terme, une concentration sur un TER faible au détriment du revenu après déduction des coûts (et donc l’acceptation d’un faible rendement escompté à long terme) entraîne un appauvrissement de la génération des retraités. Aussi cette stratégie est-elle très dangereuse à long terme. Elle ne doit être utilisée que lorsque certaines raisons précises l’exigent – par exemple à l’approche d’une liquidation partielle ou totale ou lorsque l’employeur compense le déficit. Ce n’est cependant pas le cas de 90% des caisses de pension; ces dernières sont des investisseurs à long terme et leurs stratégies doivent donc elles aussi être axées sur le long terme.

STRATEGIE DE SURVIE N° 6:

«LE BON COMPROMIS SUISSE» – UN PEU DE TOUT SANS AUCUNE POSITION EXTRÊME

Les stratégies 1 à 5 peuvent être combinées n’importe comment et représenter un compromis ayant de bonnes chances non seulement d’être approuvé par le Conseil de fondation concerné, mais aussi de sortir gagnant de la chasse aux rendements dans un contexte de marché difficile.

STRATÉGIE DE SURVIE N° 7:

«LA GESTION DU RISQUE INTÉGRÉE» – OPTIMISATION PERMANENTE DE LA STRATÉGIE 6

Le rythme des réunions et les connaissances d’un décideur typique dans le domaine de la prévoyance professionnelle ne sont souvent pas à la hauteur des défis qui caractérisent le contexte actuel du marché. Lorsqu’un conseil de fondation se réunit deux fois par an, ces réunions sont plus ou moins occupées par les résultats annuels, par l’administration croissante et par les décisions liées à la rémunération. Un comité d’investissement typique se réunit une fois par trimestre et surveille les résultats, formule des recommandations d’action, le cas échéant, et les transmet sous forme de requêtes au conseil de fondation. Mais la situation du marché a changé. Le risque faible s’est transformé en risque élevé. Aussi les nouveaux risques doivent-ils être compris et intégrés, tandis que les nouveaux thèmes de placement doivent être analysés et assimilés. Toutes ces exigences dépassent souvent l’organisation moyenne, qui s’était adaptée aux impératifs des 15 dernières années.

En résumé, les décideurs du 2e pilier se voient donc aujourd’hui dans l’obligation d’élargir et d’approfondir rapidement leurs connaissances. Il convient en outre de considérer les automatismes qui assurent une réaction rapide aux dévoiements. En tant que caisse de pension, vous devez vous appuyer sur une gestion intégrée du risque et chercher sans relâche à professionnaliser davantage vos processus.


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