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Mis à jour le: 18 septembre 2009 Rédigé par: Denis Mazouer
Les études ALM et les résultats obtenus ces 20 dernières années
Les études ALM sont devenues ces dernières années un «must» pour les caisses de pension. Cependant, l’impact de celles-ci sur le comportement en matière d’investissement est pratiquement impossible à mesurer.
Si la modélisation des actifs et des passifs (ALM) a fait son apparition dans les années 70 dans les banques outre atlantique, ce n’est que dans les années 80 que les premières applications pour les caisses de pensions débutent. A cette époque, les plans à primauté de prestations dominaient dans les pays anglo-saxons et en Suisse, sans être prédominant, une part importante des institutions tant privées que publiques utilisait cette approche.
La diffusion de la méthode en Suisse Le 6 juin 1990, un séminaire de Pictet à Genève donne une part importante à ce thème avec une première confrontation sur la question d’une approche dynamique ou statique des engagements. Le 28 octobre 1999, une journée entre professionnels à Bâle, organisée par «innovation zweite säule» rassemble les principaux bureaux de conseil actifs dans la réalisation d’étude ALM ainsi que des universitaires. Le 19 septembre 2008, la teneur de l’article 50 OPP 2, avec entrée en vigueur le 1er janvier 2009 est la suivante: «La sécurité doit être évaluée spécialement en tenant compte de la totalité des actifs et des passifs, ainsi que de la structure et de l’évolution future prévisible de l’effectif des assurés.»
Cette disposition encre dans la loi une analyse dynamique de type ALM. La dernière enquête de Swisscanto, publiée le 14 mai 2009, s’intéresse à la question de «la dernière analyse actif-passif (ALM)»: «Deux tiers des caisses ont réalisé une telle analyse depuis 2007, à raison d’un tiers en 2007 et un tiers en 2008. 15% ont effectué une analyse en 2006, 8% en 2005 et près de 10% encore plus tôt. Environ un tiers indiquent vouloir faire procéder à une analyse en 2009».
Cette enquête révèle que les études ALM sont devenues d’actualité pour les caisses. Elle est la première du genre et sera certainement suivie d’autres dans les années à venir, surtout après la nouvelle teneur de l’article 50 de OPP 2. D’autre part, le dernier Rapport d’enquête au 30. Juin 2009 de Lusenti Partners, passe en revue les mesures que les caisses envisagent de prendre pour pallier à la situation actuelle. Parmi ces mesures, la réalisation d’une étude ALM recueille seulement le score de 4.6 sur une échelle entre 0 «pas du tout efficace ou approprié» à 10 «très efficace et très approprié». D’où le commentaire du Rapport: «Le fait que le participants n’attendent pas des merveilles de la réalisation d’une étude ALM est certainement une manifestation de bon sens et de réalisme, fondé, vraisemblablement, sur les expériences passées».
Comment mesurer les résultats des études ALM? Première difficulté: Le Conseil de fondation, organe suprême, décide de l’allocation des actifs et fixe dans le Règlement de placement sa stratégie à long terme avec d’autres contraintes propres à la fondation. Cette décision est le fruit de discussion au sein de conseil avec entre autres, les résultats d’une étude ALM. La décision peut reprendre les conclusions de celle-ci ou s’en écarter en partie. De plus, le conseiller en charge de l’étude n’a qu’une vue partielle de la problématique, d’autres paramètres liés à l’entreprise et aux membres du conseil de fondation interviennent dans le processus de fixation de la stratégie.
Deuxième difficulté: Une étude ALM s’intéresse en priorité à la définition d’une stratégie d’investissement à long terme et les décisions en fait d’allocation tactique peuvent bouleverser l’analyse. Ceci est apparu clairement et douloureusement en 2008, quand un suivi aveugle de stratégie avec un rebalancement automatique des investissements pouvait aggraver la situation.
Troisième difficulté: Il n’existe aucune enquête susceptible de répondre à la question des résultats des études ALM. L’enquête de Swisscanto citée plus haut semble dire que la diffusion de telles études va permettre une bonne gestion des caisses de pensions. Une étude devrait concerner uniquement les caisses qui ont fidèlement mis en œuvre les résultats de ces études.
Influence des études ALM sur l’allocation des actifs L’Indice Credit Suisse des caisses de pensions depuis le début des années 2000 donne une image de l’évolution: Au 2ième trimestre 2002, les caisses ont une allocation de 33% en actions suisses et étrangères et une part de l’immobilier de 8%. A fin 2007, l’allocation en actions a diminué à 30% et l’alternatif a cru à 5%. A fin 2008, les actions tombent à 23% et l’immobilier remonte à 18%. Volontairement j’ai pris fin 2007 pour éliminer le phénomène 2008 avec la chute des marchés, ce qui fausserait la comparaison. Première constatation: Si on met de côté l’introduction des produits alternatifs, en partie mis en évidence avec la diversification, on constate qu’à ce jour, l’allocation des caisses est restée stable.
Quel apport des études ALM dans l’éducation des conseils de fondation? Le système de capitalisation repose sur les investissements et une étude ALM met en lumière le rôle du «troisième cotisant». L’étude de St Gallen de 1987 donnait déjà un pourcentage de 32% pour la contribution à l’avoir de retraite. Le passage progressif des plans à primauté de prestations vers des plans à primauté des contributions a renforcé d’une part la prise de risque des assurés, qui supportent la plus grande partie des résultats des investissements, et d’autre part la prise conscience de la responsabilité du conseil de fondation. L’étude ALM permet de diffuser des notions d’investissement à tout un chacun.
Quelle évolution quant aux méthodes de calcul? Le développement des études ALM a été rendu possible avec l’évolution des outils informatiques. Au début des années 80, la sophistication des modèles était un «must». Preuve en est le fait que l’EDHEC mène un programme de recherche très actif dans le domaine de l’allocation d’actif. Une chaire de recherche en Gestion Actif-Passif et Gestion Institutionnelle vient d’être créée dont le premier projet est «Mesures des Bénéfices de l’Allocation d’Actifs Dynamique en Présence de Contraintes de Couverture». Il y a un passage du monde des bureaux de conseils actuariels à une ingénierie financière.
Comment juger l’apport de l’ALM ces 20 dernières années? D’un point de vue quantitatif, compte tenu de manque de données, il y a peu de choses à dire. D’un point de vue qualitatif, on peut constater qu’en 20 ans, on passe d’un cercle restreint de connaisseurs à une diffusion à toutes les institutions de prévoyance. En 20 ans, on passe à une notion de référence qui soit est positive, dans le cadre de l’enquête de Swisscanto, soit mitigée dans le cadre de l’enquête de Lusenti Partners. Le choc de 2008 a en quelque sorte perturbé la mise en œuvre des ces études par un scepticisme généralisé au sujet des outils sophistiqués de projection d’évolution.
Les caisses de prévoyance: Investisseurs à long terme? Dans le numéro de juin 2009 de la revue «Pensions» on pouvait lire ceci: «Les fonds de prévoyance sont des investisseurs à long terme avec des contraintes de l’autorité de surveillance à court terme.» Les fonds de prévoyance sont des investisseurs à long terme dans la mesure où l’entreprise a une pérennité. Par contre, il est vrai que la durée de vie des engagements des rentiers est d’un quart de siècle et c’est du long terme. Les engagements des actifs sont plus courts du fait de la probabilité de quitter volontairement l’entreprise et de la survie de l’entreprise. L’étude ALM part de l’hypothèse que l’entreprise demeurera à l’avenir et maintiendra peu ou prou le niveau de prévoyance. Ce qui se passe aujourd’hui au Canada avec l’impact sur la survie d’Air Canada du déficit des pensions montre l’impact sur la vie économique. Cette hypothèse est forte et systématiquement occultée dans les rapports.
Doit-on considérer ALM comme quelque chose de positif ou de négatif? Un acteur privilégié de cette méthode faisait la réflexion des plus et des moins:
L’ALM ne nous donne pas les réponses aux questions mais nous force à réfléchir.
En guise de conclusion Y a t il une méthode pour évaluer l’impact des études ALM sur le comportement d’investissement ? Une approche macroéconomique qui tenterait de suivre l’évolution des caisses de pension, par exemple celles participant à l’étude de Swisscanto est vouée à l’échec du fait de la forte diversification des institutions de prévoyance. Une approche microéconomique parait la plus appropriée, par exemple en prenant une des caisses les plus importantes en terme de actifs sous gestion et en terme de gestionnaires en charge des investissements.
En bref
Article publié dans Schweizer Personalvorsorge le 17. Septembre 2009
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